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Analystes
et experts évoquent de plus en plus souvent la fin
du reflux russe, notamment sur le plan économique
et stratégique, caractérisé en premier
lieu par une certaine reprise en main de son étranger
proche, sur ses marches, alors que dans un même temps
les Etats-Unis semblent reconsidérer leur positionnement
tactique en Europe regardant notamment de plus en plus à
l’Est. Une rhétorique de guerre froide plus
aux accents énergétiques qu’idéologiques
est en train de se dérouler sous nos yeux.
Aux confluents des mondes slave, européen, proche-oriental
et asiatique, les trois pays du Caucase du Sud (Arménie,
Azerbaïdjan, Géorgie) sont des rouages essentiels
de cette stabilité régionale. De par leur
histoire singulière et leur emplacement géographique
charnière, entre la mer Noire et la mer Caspienne,
entre les crises du Caucase du Nord et les guerres en Irak
et en Afghanistan et, ces trois Etats post-soviétiques
sont à la croisée des chemins.
Dans ce contexte explosif, le Caucase du Sud peut légitimement
revendiquer le qualificatif de ligne de fracture. Le Caucase
du Sud ou « Transcaucasie » comme on l’appelait
sous les Soviets, est dans une phase déterminante
pour l’avenir de chacune des trois nations «
associées-rivales »et pour la sécurité
régionale. Les trois Etats du Caucase du Sud sont
sortis de l’URSS dans la guerre et le chaos. Dix ans
après, ils connaissent une croissance à deux
chiffres. Leur économie est en transition mais les
conflits n’ont toujours pas été réglés.
Néanmoins, le nouveau « Grand jeu » qui
s’y déroule sur fond d’hydrocarbures,
de rivalité russo-américains - sous couvert
de promesse de pénétration régionale
de l’OTAN (Géorgie, Azerbaïdjan) et de
consolidation de l’Organisation du Traité de
Sécurité collective (OTSC), bras armé
de la CEI (Arménie, Russie) complique quelque peu
les relations de voisinage.
C’est dans ce cadre de lecture qu’il convient
de reconsidérer les limites des « révolutions
colorées », inaugurées par la «
révolution de la rose » en Géorgie en
2003 et prolongés par la Déclaration de Borjomi,
signée par les présidents géorgien
Mikhaïl Saakachvili et ukrainien Viktor Iouchtchenko,
le 12 août 2005, annonçant la création
d’une « Communauté de choix démocratique
», allant de la mer Baltique à la mer Caspienne
dont le contact aux réalités ont distillé
le doute au sein des populations quant à la réelle
volonté démocratique de leurs dirigeants.
Enfin, le non-règlement des conflits dit «
gelés » (Ossétie du Sud et Abkhazie
en Géorgie, Haut-Karabakh, épine tenace entre
l’Azerbaïdjan et l’Arménie), la
géopolitique du pétrole et du gaz, accompagnée
d’une course aux armements ainsi que la proximité
avec les foyers conflictuels iranien, irakien et tchétchène
semblent des éléments suffisamment perturbateurs
pour rendre caduque, pour l’heure, l’expression
d’une réelle intégration régionale,
pourtant revendiquée aux lendemains des indépendances
de 1991 et que les forts taux de croissance et le scénario
commun du divorce avec Moscou aurait du légitimer.
Seize ans plus tard, l’objectif du groupe de travail
Caucase se donne pour ambition de dresser un inventaire,
afin de mieux comprendre pourquoi et comment la maîtrise
de leurs destin commun pourrait permettre à la Transcaucasie,
« labyrinthe de l’histoire », de devenir
le laboratoire d’une Europe qui pourrait s’étendre
dans le futur de l’Atlantique aux portes de la Caspienne.
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