EDITORIAL
Ubu
roi au Zimbabwe : que faire ?
De manière
assez indécence, les urnes n’ont parlé
qu’à la première personne, le 27 juin
dernier au Zimbabwe. A défaut de la participation du
leader de l’opposition Morgan Tsvangirai, arrivé
largement en tête du premier tour des élections
présidentielles, le 29 mars dernier, qui a décidé
de ne pas participer à ce qui s’apparente à
une gigantesque farce, le scrutin tronqué a ouvert
la voie à une réélection de facto
de Robert Mugabe et sa reconnaissance par ses pairs, réunis
dans les derniers jours de juin au Caire, à l’occasion
du Sommet de l’UA.
Face aux
multiples exactions constatées à l’encontre
des partisans du MDC, perpétrées par les membres
du parti au pouvoir, le Zanu-PF, la décision semble
être la plus raisonnable et sans doute, paradoxalement
la plus porteuse d’avenir. Le boycott semble ainsi donner
un nouveau signal pour, enfin, agir afin d'éviter que
ces impasses démocratiques ne débouchent sur
des mascarades de scrutins…
La France
a décidé de ne pas reconnaître la victoire
sans suspens du vieux satrape africain. C’est bien la
moindre des choses, mais après ? Ce quiproquo électoral
doit nous permettre de réfléchir à l’efficacité
réelle du système de gouvernance internationale
et du système de sanctions prévues par celui-ci.
Ni la
Communauté économique de l’Afrique australe
(SADC), ni l’Union africaine (UA), encore moins le Conseil
de sécurité des Nations Unies ou l’Union
européenne, n’ont pu agir pour le respect des
règles les plus élémentaires de l’Etat
de droit. Pas même, le puissant voisin sud-africain,
qui devrait se mordre les doigts d’avoir longtemps «
parrainé » son turbulent voisin, encore moins
les Etats-Unis ou la Chine, nouvel ami de celui qui s’accroche
au pouvoir sur fond de panafricanisme dévoyé
et racisme anti-blanc, n’ont pu faire évoluer
positivement la situation.
Il y aurait
donc désormais deux catégories de responsables
politiques en Afrique, ceux qui restent au pouvoir en dépit
des urnes et leurs adversaires qui, ayant gagné les
élections légitimement et légalement,
se retrouvent néanmoins « personae non grata
» dans leurs propres pays. Il faut en tenir compte et
sans doute prévoir, que dans le cas où un pays
contredirait si ouvertement à toutes les règles
du système international, il conviendrait de trouver
une parade.
Dès
lors, pourquoi ne pas reconnaître à l’adversaire
lésé un statut « officiel », nettement
plus prégnant qu’un improbable gouvernement d’union
nationale, lui permettant concrètement de faire entendre
sa voix sur la scène africaine et internationale, au
nom de son pays et de ces citoyens indéniablement privés
de leurs voix ?
L’on
pourra toujours évoquer le principe sacré de
souveraineté nationale, certes ! Il est néanmoins
des cas extrêmes, où, ayant épuisé
toues les cordes de la négociation, il en va de la
crédibilité du multilatéralisme, c’est
le cas du Zimbabwe du régime autiste de Mugabe, qui
a réussi une fois de plus à le décrédibiliser,
alors que d’autres scrutins à haut risques se
profilent sur le sol africain, en premier lieu desquels en
Côte d’Ivoire.
L’UA
y joue aussi gros, au moment où elle pourrait contribuer
à une solution négociée. Au cas, où
elle ne s’en saisisse pas, le divorce sera encore plus
grand vis-à-vis de citoyens africains, de plus en plus
enclins à constater ses échecs répétés
et son consensus mou, comme la dernière réunion
du Caire l’a démontré, une fois de plus.
Emmanuel DUPUY
<
Lire les précédents éditoriaux >
|